Patrice Collazo vient de prolonger pour trois ans, Ronan O’Gara pour quatre et Joan Caudullo pour deux saisons supplémentaires. Les contrats des entraîneurs de Top 14 deviennent de plus en plus longs et leurs rémunérations peuvent atteindre 40 000 € mensuels. Pourtant, plusieurs techniciens récemment licenciés étaient eux aussi engagés sur la durée. Derrière les gros salaires se cache l’un des postes les plus précaires du rugby français.
Le marché des joueurs attire naturellement l’essentiel de l’attention. Mais une autre inflation touche progressivement le Top 14 : celle des contrats proposés aux entraîneurs. Les clubs cherchent de plus en plus à sécuriser leur manager sur plusieurs saisons, quitte à s’engager très longtemps.
Patrice Collazo a ainsi prolongé pour trois années supplémentaires, Ronan O’Gara pour quatre et Joan Caudullo pour deux. La quasi-totalité des managers du championnat disposent désormais de contrats portant sur plusieurs saisons. Une sécurité qui paraît considérable sur le papier.
Dans les faits, elle l’est beaucoup moins.
Entre 20 000 et 40 000 € par mois
Les sommes permettent de comprendre les enjeux. Selon un professionnel habitué à négocier avec les entraîneurs interrogé par Rugbyrama, les principaux managers de Top 14 touchent aujourd’hui entre 20 000 et 40 000 € par mois.
À ces salaires peuvent s’ajouter différentes primes. Certains contrats récompensent un titre, d’autres une position au classement, parfois à partir de la dixième place. Des augmentations peuvent également être déclenchées en fonction des résultats obtenus.
Sur douze mois, la seule rémunération fixe d’un entraîneur situé en haut de cette fourchette peut donc approcher 480 000 €, avant même les éventuelles primes.
Un contrat de quatre ans ne garantit presque rien
Pourquoi les clubs acceptent-ils de signer aussi longtemps ? Parce qu’un projet sportif réclame théoriquement du temps. Construire un effectif, recruter des joueurs adaptés à un système et organiser un staff ne se fait pas en quelques mois.
Le problème est que cette logique disparaît parfois très rapidement lorsque les résultats se dégradent.
Franck Azéma à Perpignan et Grégory Patat à Bayonne ont ainsi perdu leur poste la saison dernière malgré des engagements de longue durée. Avant eux, Laurent Labit et Karim Ghezal au Stade Français, Fabien Gengenbacher à Lyon, Stuart Lancaster au Racing ou encore Jeremy Davidson à Castres avaient également subi cette réalité.
« Chaque lundi » peut être le dernier
Laurent Labit résume brutalement le métier en reprenant une formule d’Arsène Wenger : un manager doit considérer que chaque lundi peut être celui de sa dernière semaine.
Selon lui, les clubs de Top 14 sont devenus de véritables entreprises et les enjeux économiques ont pris une importance considérable. Le manager moderne ne s’occupe d’ailleurs plus uniquement de rugby : Labit estime que son travail correspond aujourd’hui à environ 80 % de ressources humaines et 20 % de rugby.
Les staffs se sont eux aussi considérablement développés. Là où Labit travaillait avec environ huit personnes au début de sa carrière, certains staffs modernes en comptent désormais une vingtaine. Le manager doit coordonner les entraîneurs spécialisés, le médical, la préparation physique, la data, la préparation mentale, les joueurs, les dirigeants et les agents. ru
Le paradoxe du Top 14
Le plus intéressant reste finalement le contraste entre deux tendances. Les clubs offrent des contrats toujours plus longs parce qu’ils savent que construire demande du temps. Mais leurs investissements deviennent tellement importants qu’ils supportent de moins en moins longtemps l’absence de résultats.
Les exemples de Toulouse ou Pau montrent pourtant que la stabilité peut fonctionner lorsque le projet sportif, la direction et l’entraîneur restent alignés sur plusieurs saisons.
Ailleurs, la réalité est beaucoup plus brutale.
Un manager de Top 14 peut donc gagner près d’un demi-million d’euros par an, signer quatre ans… et malgré tout commencer chaque semaine en sachant qu’elle pourrait être la dernière.
